Après Séance : L’Année du Requin

L’Année du Requin est une comédie horrifique française écrite et réalisée par Zoran et Ludovic Boukherma.

Après avoir admiré sa composition grave et intense dans « As Bestas » (2022), il est assez réjouissant de retrouver Marina Foïs en gendarmette maritime un brin psycho-rigide, stressée par l’approche de sa retraite anticipée, et la chevelure systématiquement tressée en une double natte intégrée qui lui donne un air de petite fille à la fois sage et vieillie. Ne serait-ce que pour consentir à jouer ainsi avec sa propre image, on en conçoit pour elle un nouveau type d’admiration.

Après leur approche singulière du film de loup-garou avec « Teddy » (2021), les jumeaux Boukherma, Ludovic et Zoran, se lancent dans une nouvelle poursuite du film de genre, en surfant sur la vague initiée par Spielberg, avec « Les Dents de la mer » (1975). Hors de question, pour les frères réalisateurs et scénaristes, d’en faire une ènième parodie.

Animés par le désir d’une implantation franco-française et d’un réel renouvellement, ils situent l’action sur la côte landaise, sans davantage préciser l’ancrage, et, en un cocktail à la saveur unique, mêlent humour décalé, flirtant volontiers avec l’absurde (ainsi ce narrateur en voix off, jusqu’au bref dévoilement final, débitant sur le ton d’un écolier lisant une leçon un commentaire aussi plat que possible !), et entrecroisement léger, sans réel approfondissement, d’une kyrielle de problèmes contemporains : l’addiction au travail, le sens donné à une existence (beau personnage de Kad Merad, en mari dévoué et aimant), les liens professionnels (composition sympathique et drôle de Jean-Pascal Zadi et Christine Gautier, qui ne craignent pas non plus de malmener leur image…), l’écologie et les désordres causés par sa négligence, le poids et la force, parfois mauvaise, des réseaux sociaux, le rôle et les intérêts d’un maire… Même la question de la peine de mort se trouve remise sur le tapis, à travers la figure meurtrière récidiviste du requin-marionnette animé par Pascal Molina. À l’approche de la résolution de l’intrigue, une problématique en réalité assez profonde est soulevée, par le biais d’un questionnement de la figure héroïque: « Qui est le véritable héros ? énonce la voix off… Celui qui veut sauver l’humanité ? Ou celui qui veut sauver ceux qu’il aime ? ».

De belles qualités humaines, donc, des questions posées, et des moments de drôlerie qui provoquent le sourire, plutôt qu’un rire aux éclats. Ce qui n’empêche pas quelques longueurs et des passages où la tension se relâche sans doute plus que ne l’aurait voulu le duo de réalisateurs. Mais le bilan global est plutôt positif, car un vent frais passe sur le cinéma de genre et les valeurs humanistes se trouvent finement servies, plutôt que bafouées.

Anne Schneider.

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